J’aime profiter des quelques souplesses de mon emploi du temps pour faire les boutiques. C’est un doux plaisir assez personnel, où j’apprécie très sincèrement être plutôt seule qu’accompagnée de qui que ce soit, encore moins de Gérard qui lui n’en tire aucun plaisir, m’obligeant à le laisser à un endroit et de surveiller ma montre pour le retrouver avec qu’il ne s’impatiente…

J’aime être aussi belle que possible lorsque je sors ainsi car les magasins et leurs alentours immédiats sont des lieux où l’on se regarde, beaucoup entre femme, et c’est d’ailleurs avec assez peu d’indulgence, mais avec une certaine quiétude, car l’après-midi ce sont essentiellement elles qui occupent le terrain…les hommes qui sont là soient vendent ou font la sécurité, …en somme, ils travaillent.

J’aime tout cela, me sentir belle, élégante, avec du temps à moi, pour moi, ne pensant qu’à moi.

Cela ne m’étais pas arrivé depuis les vacances ; première sortie, avec cette douceur de l’air en cette fin d’été, où il n’y a plus de bruit d’enfant autour des mères dont certaines continuent certes de hâter le pas. Ce qui n’est pas mon cas.

-« Bonjour, Madame …».

Je mis un temps avant de réaliser que cette voix d’homme qui s’adressait à moi. J’ai dû me retourner presque complètement pour visualiser la personne. Un homme, d’une allure assez avenante, je dirais là trentaine.

-« Bonjour », répondis-je poliment, légèrement interrogative. Ce visage ne me disait rien à priori, presque rien.

Puis je me retournai à nouveau vers la vitrine de vaisselle que j’étais en train de regarder, ou plutôt que je ne regardais plus vraiment cherchant qui était celui qui s’adressait à moi, là dans mon do et qui semblait s’être arrêté là.. ?

- « Vous ne vous souvenez apparemment pas de moi….c’est bien normal, il y a quelques années maintenant. …»

-       « Non, désolée, Monsieur, pardonnez-moi, nous nous connaissons ? »

-       Oui, et non : nous ne nous connaissons pas, mais nous nous sommes déjà vus et nous avons déjà parlé…

-       « ah ?, mais…. »

-       « Vous êtes sublime, Madame…. ; Vous ne vous souvenez pas ? »

Alors qu’il finissait sa phrase, je réalisais soudain qui était cet homme, où je l’avais croisé ou plutôt les circonstances…

Je fis alors tout pour être impassible et faire celle qui ne voyait pas…tentant même de ne pas être cette femme qu’il pensait avoir reconnu…

-       Il reprit : « je vous ai suivie un long moment…, vous vous êtes arrêtée…vous êtes venue à ma rencontre… », et …d’une parole ralentie marquant chaque syllabe… « vous avez ouvert votre manteau et votre robe comme je vous l’avais demandé…. ».

J’étais totalement pétrifiée par les mots qu’il avait prononcés ; je regardais à droite et à gauche furtivement comme pour m’assurer que personne ne pouvait entendre,  ce terrible secret, cette honte.

-« ne craignez rien, je ne vous veux aucun mal…je ne cherche pas à vous ennuyer. ». …Puis, il enchaina, « y avez vous réfléchi… ? »

Voyant que je ne répondais pas. Il me bloqua : « je n’ai qu’une question, j’attends votre réponse sincère, et je vous laisse tranquille »…

 Saisissant la balle au bon, croyant me débarrasser de lui à bon compte : « oui, allez-y ? »

-       « quand vous repensez à ce qui s’est passé, est ce que cela vous excite ?...j’attends une réponse sincère, Madame ».

J’étais anéantie par sa question.

Comment parler de mon intimité avec un inconnu, dans une galerie marchande en plein après-midi…? 

En même temps, il y avait comme une complicité installée hors du temps qu’il incarnait là en face de moi, après des années. Et pourquoi, je ne sais pas,…puis,  j’ai eu cette réponse inouïe :

-       « Oui. ».

Je n’en cru pas mes oreilles, moi-même !

A tel point que lui non plus me semblait avoir été décontenancé par ma réponse, sans fioriture, brute et directe sortie comme cela, sans même savoir si c’était réellement la bonne réponse. Mais ce fut MA réponse.

Il se ressaisi bien vite, plus rapidement que moi je pense.

-       « Je vais vous attendre, je vais vous suivre en voiture, vous irez au même endroit qu’il y a 5 ans. Vous arrêterez vous voiture, je serai garé à quelques mètres derrière vous. Vous viendrez à ma hauteur et vous ouvrirez votre chemisier et lèverez votre jupe totalement » me dit il d’un voix sûre, ferme, sans appel.

J’étais incapable de dire un mot, de répondre, de protester, ni même de l’envoyer balader. Puis il enchaîna

-       « vous êtes garée où » ?

Comme un robot je répondis « parking bleu première rangée, Fiat 500 prune. »

« je sais », me dit-il comme pour m’achever.

Que savait il de ma voiture pourtant récente…?

Le mystère s’épaississait alors que j’avais l’impression de me laisser glisser sans résistance dans les bras du diable. Peut-être était-il donc le diable ?

Il s’éclipsa comme cela, sans rien dire de plus, je repris mon chemin, comme si de rien n’était, alors que j’étais totalement retournée. J’avançais le regard dans le vide doucement, en essayant de réaliser ce qu’il venait de se passer, et surtout de se dire :

En quelques secondes, je venais d’avouer à un inconnu que j’étais exhibitionniste, et que cela m’excitait de me montrer nue, et de plus que j’allais bientôt récidiver en me déshabillant à nouveau devant ce même inconnu. Mais qui était-il ? …

*

Peut être était-ce la marche. Quelques pas me firent le plus grand bien. J’avais décidé de reprendre le cours tranquille de mon après-midi à moi,  comme si je n’avais rencontré personne, aucun homme, à qui je ne devais rien, et devant qui je n’avais, aucune, mais alors aucune raison de me déshabiller. En moi-même je souriais tant cela me paraissait évident.

Je rentrais alors chez Mango pour aller voir cette robe que j’avais vue dans un magazine.

*

C’est Guislain qui m’a rappelé l’heure le premier, j’avais eu la paix durant tout l’après-midi, les bonnes choses ont une fin. Je dis le premier, car ensuite il y a eu mon mari, à croire qu’ils s’étaient donnés le mot ; comme si savoir où j’étais avait une importance soudaine.

Il était temps de rentrer, entre autre parce qu’en effet, mon fils venaient dîner à la maison, après cette coupure du mois d’août où nous ne l’avions quasiment pas vu.

Gérard, lui, je ne l’attendais pas avant le lendemain soir à son retour de déplacement professionnel.

Je passe la porte, me voici sur le parking cherchant avec difficulté le bip de ma clé de voiture au fond de mon sac définitivement trop grand ou trop petit. Pourtant je l’adore ce sac venis noir, matelassé ; je trouvais qu’il allait parfaitement avec mes sandales vernies, et mon chemisier satin avec ses motifs Hermes.

C’est en m’assaillant dans la voiture après avoir posé mes sacs dans le coffre, que je réalisais que la voiture en face, de l’autre coté de l’allée était occupée. Je reconnu l’homme de la galerie marchande, ce mystérieux individu avec lequel j’avais parlé cet après-midi ; puis me revint ses dernières paroles, me plongeant soudain dans une angoisse.

Je le vis derrière son pare-brise me faire délicatement signe avec sa main de passer, me faisant comprendre qu’il allait me suivre, j’en étais tétanisée.

Machinalement, je mis en route la voiture et m’engagea pour sortir du parking. Durant tout le trajet jusqu’à la sortie, mille questions se bousculaient dans ma tête, que faire, où aller, accepter, pourquoi… ? Les paroles de cet homme résonnaient en moi, achevant de me submerger d’un émoi profond.

Par ses quelques mots simples cet homme que je ne connaissais pas, que j’avais à peine croisé il y a 5 années de cela, qui m’avait vue déshabillée devant lui, avait pris le contrôle de ma personne, de mes actes. Je me sentais comme tenue, sans pour autant que cela me fut douloureux.

C’est alors que je compris, et je réalisai tout à fait que j’allais parfaitement exécuter ce que cet inconnu me demandait : me montrer à nouveau, m’offrir à son regard, au détour d’un chemin discret.

Pourquoi ?, je ne savais répondre à cette question, j’étais comme hypnotisée, téléguidée.

J’ai roulé une bonne vingtaine de minutes, avec prudence en direction de l’endroit, dans lequel je ne m’étais plus rendue depuis 5 ans, parce que je n’en avais aucune raison.

Il était derrière moi. J’en étais effrayée, mais en même temps presque sécurisée. Je ne percevais pas en cet homme un danger ; Mais il avait un pouvoir.

J’ai tournée sur une petite route à la sortie du village, puis une deuxième et après plusieurs minutes, à droite, là, devant moi, les abords chemin qui faisait une boucle qui permettait plus loin de rejoindre la petite route. J’y avançai la Fiat. La végétation plus abondante frottait le dessous de la voiture. J’ai stoppé. J’ai attendu.

J’ai vu dans le rétro-viseur qu’il arrêtait sa voiture derrière la mienne. Il avait une grande voiture assez haute, sombre. Il descendit de voiture et vint à ma hauteur. Il me fit signe de descendre le carreau.

-       « je vais aller à ma voiture, vous aller venir vous placer derrière votre voiture, à un mètre pas plus de votre coffre. Vous aurez enlevé votre jupe et votre chemisier sera ouvert. Ensuite, vous enlèverez totalement votre chemisier, vous me regarderez bien dans les yeux, je serai dans ma voiture, assis au volant. Délicatement vous dégagerez chaque sein du soutien gorge, sans le retirer. Vous poserez vos mains sur vos hanches avec les pieds légèrement écartés, placés à environ un mètre de l’arrière de votre voiture. Ensuite vous retirerez votre culotte, totalement. Vous reprendrez la position, en me regardant fixement dans les yeux. A mon signal, je ferai un appel de phares, vous vous tournerez, poserez les mains sur votre coffre. Bien écartées l’une de l’autre, tout comme vos jambes. Ensuite je ferai 2 appels de phares, vous ramasserez votre chemisier, votre culotte, vous remonterez dans votre voiture, vous vous rhabillerez et rentrerez chez vous. »

 

Jeudi prochain à 16h45 précise je vous attendrai ici. Vous viendrez vous déshabiller comme aujourd’hui. C’est un ordre et non discutable.

 

Il remonta dans sa voiture, puis, respectant à la lettre ses ordres, je me suis exécutée, fixant intensément son regard.

L’air rafraichi par les arbres caressait mes cuisses et mes seins libres et lourds ainsi dégagés de mon soutien gorge ; j'étais bien.